________________[Welcome To The Modern Dancehall]_________

Venus était peut-être le dernier rempart contre la facilité musicale, contre l'inertie créatrice. Au départ c'est un grou-
pe de musiciens belges qui décidément, aux côtés de pointures comme Ghinzu ou dEUS, donne des couleurs fantastiques à la musique pop belge en général. Basée à Bruxelles, la formation voit le jour en 1997 avec des musiciens venus du classique, de la pop, du jazz et même du théâtre. Une première volonté de se démarquer des autres groupes en essayant d'utiliser des instruments acoustiques, la guitare, la contrebasse, le violon et quelques percussions pour former un nouveau courant pop, le tout mis en scène pour un aspect visuel qui peut rappeler dans
sa forme ce que Andy Warhol avait mis au point pour le Velvet. Leur premier disque "Welcome to the Modern Dance Hall" sort en 1999 et reçoit des critiques plutôt dithyrambiques. La suite c'est "Vertigone" en 2003 plus char-
gé en arrangements. Des colorations plus blues/rock apparaissent sur "The Red room", troisième opus sorti en 2006. Le groupe part en tournée et à la surprise générale Marc Huyghens annonce la dissolution de Venus qui venait de fêter ses dix ans d'existence. Cette annonce sera suivie d'un concert d'adieu qui donnera lieu au dernier album de ce groupe atypique, simplement intitulé "Venus" et offrant un mélange du concert et une compilation de leurs meilleurs titres.

Marc A. Huyghens: Chant, Guitare | Christian Schreurs: Violon, Guitare | Walter Janssens: Contrebasse
Thomas Van Cottom: Batterie | Patrick Carpentier: Scénographie

1) Ballroom
2) Perfect lover
3) Out of breath
4) White star line
5) She's so disco
6) Royalsucker
7) I'm the ocean
8) Pop song
9) Lisa little rackett
10) Don't say you need love(i know you do)
11) Monster
12) Dizzy
13) Bass shivering bass


"Ballroom" démarre l'album en douceur avec une rythmique tremblante à la Dionysos, faite d'un violon piquant. La voix se rapproche parfois des sonorités à la Brian Molko en gardant toutefois sa propre identité. Entre rock puis-
sant à la Ghinzu et cordes baroques, Venus s'envole sur le fantastiquement beau "Perfect lover" dans un volume sonore frisant parfois la démence.
Respiration courte sur "Out of breath" et contrebasse haletante.
La voix se pose doucement comme une feuille sur un étang avant de virer à l'hystérie sur le final. Retour au calme
dans la clandestinité. Magique et grandiose dans son dépouillement. "White star line" chanté par un clone de Mar-
lene Dietrich et ramenant ainsi le cabaret dans la chair de la contrebasse et du violon décidément inséparables.
"She's so disco" sautillant et guilleret montre une nouvelle facette et rappelle parfois Louise Attaque. "Royalsucker"
fait la démonstration qu'un groupe d'instruments acoustiques peut se révéler puissant, "I'm the ocean" tisse un uni-
vers de château d'automne dans une valse lente à crinoline. "Pop song" accélère l'allure de noble alezan et "Lisa
little rackett" soupire sur une minute onze secondes.
Au trois-quart de ce magnifique album, la décision s'impose comme une évidence: aller visiter le reste de la discographie de ces gens-là. Jolie berceuse jouée autour d'un lit à baldaquin dans une chambre éclaboussée de so-
leil "Don't say you need love (i know you do)" puis un message jazz plus fumeux et plus grave "Monster". "Dizzy"
se suffit d'à peine deux minutes pour démontrer la douce efficacité d'une complainte acoustique.
Dernière parade sur le mode oriental avec tous les instruments réunis pour un dernier tout de piste avec "Bass shivering bass". Ce n'est sans doute pas pour rien que ce groupe a choisi le nom de la déesse de la beauté pour incarner son propos.
La musique de Venus se renouvelle à chaque album et suit un itinéraire balisé par le talent.
Un groupe à suivre et des chansons à écouter d'urgence.
welcome to the modern dancehall venus
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