________________________[Ok Computer]_____________________

Autres chroniques:

Pablo honey(1993)
My iron lung(1994)
The bends(1995)
Kid a(2000)
Amnesiac(2001)
I might be wrong(2001)
Hail to the thief(2003)
In rainbows(2007)
Je m'étais dit que non.
Je ne le ferai pas. Je ne m'attaquerais pas à ce monument. Trop difficile. Comment décrire cette musique avec de simples mots ? Une telle richesse ?
On trouvera toujours quelqu'un pour dire que la musique de Radiohead est chiante, que çà part dans tous les sens, que ce n'est ni du rock ni de la pop ni quoique ce soit d'autres et puisque on n'arrive pas à l'appréhender, puisque c'est tellement éloigné en terme d'émotions que ce que le paysage musical nous avait habitué, on rejette le tout en bloc. "C'est de la daube" diront certains.
Nul doute que la musique de Radiohead a besoin d'une approche différente. Essayons de décrypter cette étrange galette en forme d'ovni parue un 16 Juin de l'année 1997... Radiohead commença au début des années 90, ils sorti-
rent deux albums aux sources rock (Pablo honey 1993 et The bends).

"Ok computer" est le troisième album, à contre-courant, dans le courant de rien d'ailleurs. Il sera salué par le public
et les critiques comme un des meilleurs albums de l'année toutes catégories confondues. Ce disque distille une atmosphère étrange et sombre et ne ressemble à rien des productions pop du moment. Il s'agit là d'un album expérimental, pop et ambient, s'inspirant de la musique électro tout en conservant une base rock solide, souvent très violente.
La tournée qui suivra mettra le groupe à mal, avec beaucoup de difficultés de gestion de la popularité. A l'issue de cette éprouvante série de concerts, Radiohead se mettra au vert pendant deux ans.

Track-list
1] Airbag
2] Paranoid Android
3] Subterranean Homesick Alien
4] Exit Music (For a Film)
5] Let Down
6] Karma Police
7] Fitter Happier
8] Electioneering
9] Climbing Up the Walls
10] No surprises
11] Lucky
12] The Tourist

Radiohead, totalement débarrassé des quelques réticences qu'ils pouvaient encore avoir à faire la musique qu'ils aiment, nous livre un disque charnière. L'heure est à l'expérimentation, les diverses sensations, les émotions parta-
gées. Les compos ne se ressemblent en aucune manière, il n'y a aucun fil conducteur, aucun arrangement qui ressemble à un autre. Les titres sont capables de prendre un virage à des moments où l'on s'y attend le moins. La
voix de Thom Yorke est d'une sensibilité époustouflante, constamment au bord de la rupture, de la crise de nerfs.
Une violence sous-jacente, une tension et un malaise permanent ont élu domicile dans cet opus, illuminés de temps
à autre par quelques clartés irréelles. La pochette est énigmatique à l'image du groupe dont elle représente les tourments.
Certaines phrases sont en esperanto, il y aussi de multitudes de petites choses qu'on entrevoit du coin de l'oeil com-
me cette série de chiffres au dos 18576397 qui est l'exact moment où le mixage de l'album s'est terminé: le 06
Mars 1997 à 18h57. Ou bien ceci : 1=2 we hope you shoke.
L'univers de Radiohead est comme le décor de Alice au pays des merveilles. Il nous est permis de regarder au delà du miroir. En douceur et mettant en lumière les peurs du chanteur (les voitures..) "Airbag", premier chapitre de ce beau livre effeuille les pages d'un joli titre pop confortable. Cette chanson permet d'introduire l'ambiance de l'album. Riche et construit avec divers riffs qui plaisaient au groupe et qu'ils ont réunis par la suite, "Paranoid Android" atteint des sommets dans l'art de construire une chanson. Celle-ci tient carrément de la fresque. "Subterranean Homesick Alien" en hommage à Bob Dylan, doux avec le concours d'un synthé aquatique, puis "Exit Music (For a Film)" mélange de violence et de mélancolie. Pourquoi (For a film) ? Car il s'agit d'une chanson de commande pour le film "Roméo+Juliette" de Baz Luhrmann. Le titre à été inspiré par la scène où Claire Danes tient un revolver contre sa
tempe dans une église. Il servira de générique de fin.
Le film est sorti la même année que le disque en 1997 et met aussi Leonardo Di Caprio à l'affiche. Avec une fin oùKraftwerk le chant monte en spirale et se fait de plus en plus puissant, "Let Down" démonte le principe d'une chanson pop pour la remonter à l'envers. De belles guitares entremêlées survolent l'ensemble de leur voix gracieuses. Le single issu du disque "Karma Police" avec son joli thème piano/guitare puis le son mourant d'un synthé atteint d'emphysème à la fin dans une expiration lente et basse. Petit intermède "Fitter Happier" où une voix artificielle (passée au travers d'un ordinateur) dans une ambiance très Kraftwerk, puis le très rock "Electioneering" qui pourrait être joué par Noir Désir, avant de basculer sur le très beau "Climbing Up the Walls" qui lui, tire beaucoup plus vers une composition de Mercury Rev pour le côté grandiloquent.
Titre claustrophobe, (Climbing Up the Walls voulant dire "grimpé aux murs" à force de terreur et de stress), au final déchirant avec un Thom Yorke se passant la voix au travers des barbelés. Changement d'humeur avec le très doux "No surprises" (repris d'ailleurs dans la BO de 'L'auberge Espagnole" de Cedric Klapisch) sur une mélodie douce
et des paroles encore une fois d'une mélancolie frisant la dépression, puis "Lucky" superbe avec son intro guitare
/voix avant de prendre son envol en milieu de titre. Aéré, à la limite du dépouillement, "The tourist" referme ce très beau livre d'images colorées.
A l'inverse des autres titres très riches, celui-ci renferme de l'espace vide où il fait bon s'asseoir pour méditer.
Laissez tomber vos préjugés et oubliez ce qu'on vous a dit ou ce que vous avez lu sur Radiohead.
"Ok Computer" est un pur chef-d'oeuvre et mérite votre attention.
Il réussira à vous transporter là où d'autres disques ont certainement échouer.
A écouter au moins une fois. Avant la fin du monde.
ok computer radiohead
ok computer radiohead
ok computer radiohead
ok computer radiohead