_______________________[Made in Japan]______________________

1972.
Deep purple a déjà accouché de ses chef-d'oeuvres immortels: In rock en 1970 et Machine head en 1972. Le
Japon tremble encore des trois concerts d'anthologie de cette année-là et ce disque en live se propulse en tête du classement des albums en concert de tous les temps. Chaque titre est rallongé à l'extrême, fouillé, disséqué puis reconstitué selon l'humeur de ces maitres dans leur discipline. A l'époque où trois loupiottes servaient à éclairer une scène et où la fumée des joints remplacait les fumigènes coûteux, Deep purple entrait en communion avec son
public pour une messe en dix chapitres.

Ritchie Blackmore: guitare
Ian Gillan: chant
Roger Glover: basse
Jon Lord: claviers
Ian Paice: batterie

CD1

1. Highway Star – 6:42
2. Child in Time – 12:18
3. Smoke on the Water – 7:37
4. The Mule – 9:28
5. Strange Kind of Woman – 9:52
6. Lazy – 10:27
7. Space Truckin' – 19:53


CD2

1. Black Night – 6:17
2. Speed King – 7:25
3. Lucille – 8:03


Les instruments arrivent de loin et s'échauffent.
Puis le rythme se construit presque comme par magie pour lancer la machine "Highway Star". Plus rapide et brutale qu'en studio, cette version permet déjà au groupe de se lâcher en naviguant à vue. Chacun joue sa partie sur la
corde raide, constamment en bascule, prêt à faire une faute mais se rattrapant de justesse au dernier moment. Magnifié en live "Child in Time" met en place de manière encore plus précise les alternances entre parties calmes et moments virtuoses. Plus rapide que la version studio, un moment de grâce et de fureur partagée.
L'inusable "Smoke on the Water" qui ne subira pas trop d'adaptation avec néanmoins un solo d'orgue Hammond orchestré par le clavier à moustache Lord (qui ne porte pas son nom pour rien !), avant de soumettre le batteur à
sa petite démonstration "The mule", toute de percussions vêtue. Après une brève intro où Gillan à juste le temps de chanter deux couplets, Paice continue seul pendant près de sept minutes alors que ses petits copains se font une
pause Champomy. Comme pour la plupart de ces exercices, ce sera long pour l'auditeur qui attendra avec
impatience le roulement final dans lequel tout le monde reviendra, même si, et preuve n'a plus besoin d'être faite,
Paice est et demeure un excellent batteur. La suite c'est "Strange Kind of Woman" de facture assez classique, où après deux solos de guitare, Blackmore se lance avec Gillan dans un duo exercice, où chacun reproduit les notes de l'autre. La voix humaine finit par ressembler à celle de la six-cordes si bien que les deux sonorités se confondent
pour finir par devenir indiscernables. Mais déjà le grand moment arrive avec ce son électronique de clavier
sur-saturé qui descend comme une araignée au bout de son fil, annoncant le début de "Lazy". La chanson évolue comme en studio avec la part belle laissé à l'instrumental. Entre jazz et blues rapide, Deep purple signe là
un morceau de pure folie.
Apocalypse avec "Space Truckin" avec presque vingt minutes de musique. Après avoir bouriné comme des brutes
le morceau original, le groupe s'engage d'abord dans un solo monstrueux suivit par une période guitaristique où l'on frise la migraine psychédélique. De ce joyeux foutoir Deep purple tire un exercice épique, échevelé, qui laissera le public pantois, et oublieux d'applaudir.
Second tube du Pourpre "Black Night" lourd et puissant comme un cheval de trait est joué à l'arrache presque en pensant à autre chose. Quelques pains sont discernables notamment pendant les chorus de guitare chacun à l'air de faire ce qu'il veut finalement. Plus violent et bordélique que jamais, "Speed King" explose sur scène tel un missile sol/sol envahi de fumée grise. La partie rythmique est sans cesse en rupture d'équilibre, pendant que le clavier rugit
et que la guitare hurle à l'arrière. Grand moment de furie, de braises partagées, de contagion rock ultime. Deux minutes de jam avant la reprise de Little Richard "Lucille" où Deep purple devient pur rock'n roll. Après ce déluge
de décibels le calme revient et Gillan remercie et prend congés en anglais et en japonais.
Les réverbs des amplis résonnent encore un peu et puis plus rien.
Après ce monument, Deep purple amorçait un virage brutal vers n'importe quoi avant une pente savonneuse
presque incompréhensible.
Who do we think we are laissera un goût amer en 1973.
Celui des fêtes passées à jamais perdues.
Autres chroniques:
In rock (1970)
Fireball (1971)
Machine head (1972)
Who do we think we are (1973)
Burn (1974)
Stormbringer (1974)
Made in europe (1976)
Perfect strangers (1984)
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